Ce qu'il y avait de plus remarquable chez Reinette-la-Grasse c'était que son corps seul avait proliféré. Elle habitait son corps, rien que dans son corps. Elle ne vivait qu'au dedans de sa chair peuplée de songes flous.Elle y vivait en souveraine dans le silence, la solitude, la lenteur. Car le temps dans son corps s'écoulait autrement que dehors, au ralenti le plus extrême. Elle vivait assoupie dans son immense palais de chair tout murmurant de graisse or et rose.

Son corps était si vaste, qu'il était à lui seul  un espace. Un espace secret, un labyrinthe de chair enclos sous la peau blanche a reflets roses et dans lequel elle ne cessait de déambuler à tâtons.

Son propre corps lui était jardin, forêt, plaine de montagne, rivière et ciel. Son propre corps lui était  monde.  (jours de colère de Sylvie Germain).

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